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Bon Ti Koté
Récits

Tortues marines en Guyane : les dernières semaines pour assister à la ponte à Awala-Yalimapo

Fin juillet, c'est la dernière ligne droite pour observer la ponte des tortues marines en Guyane : espèces, calendrier, sites (Awala-Yalimapo, Rémire-Montjoly), règles d'observation et l'enjeu de l'érosion des plages.

Équipe Bon Ti Koté
28 July 2026· 5 min
Tortues marines en Guyane : les dernières semaines pour assister à la ponte à Awala-Yalimapo

Chaque année, entre janvier et août, les plages de l'Ouest guyanais deviennent le théâtre de l'un des spectacles naturels les plus impressionnants de Guyane : la ponte des tortues marines.

Nous sommes fin juillet — les toutes dernières semaines de la saison. Si assister à ce rituel fait partie de votre liste, c'est maintenant qu'il faut s'y mettre.

Une tortue luth pond de nuit sur une plage de Guyane
Une tortue luth pond de nuit sur une plage de Guyane.

Trois espèces, une fenêtre qui se referme

Trois espèces de tortues marines viennent pondre sur le littoral guyanais, chacune avec son propre calendrier.

La tortue verte (Chelonia mydas), la première à arriver, se présente entre janvier et mai sur la plage de l'Amana, entre la rivière Organabo et le fleuve Maroni. Chaque femelle y dépose entre 3 000 et 5 000 œufs au fil de la saison.

La tortue luth (Dermochelys coriacea), la plus grande et la plus vieille tortue marine au monde, arrive ensuite, d'avril à juillet — nous sommes donc dans ses toutes dernières semaines de ponte pour cette année.

La tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea), plus petite (environ 40 kg pour 70 cm), ferme la marche sur les plages de Cayenne et de Rémire-Montjoly, avec près de 3 000 pontes recensées.

Bon à savoir : la saison de ponte, puis d'émergence — la sortie des bébés tortues du sable —, s'étend de janvier à août. Si les pontes se raréfient à cette période, les naissances, elles, battent encore leur plein.

Où et comment observer la ponte

Deux sites principaux permettent d'assister à la ponte : les plages d'Awala-Yalimapo, à l'embouchure du Maroni — dont la fameuse plage des Hattes —, et celles de Rémire-Montjoly, tout près de Cayenne, comme les Salines de Montjoly ou la plage de Gosselin.

Plage des Hattes — la « capitale des Luths » à Awala-Yalimapo →

Les bons réflexes sur la plage

  • Visez la marée haute. Les tortues arrivent autour de la pleine mer : mieux vaut caler sa sortie sur le calendrier des marées que de tenter sa chance au hasard.
  • Lumière au minimum, aucun flash. De nuit, réduisez les lampes au strict nécessaire. Une lumière trop vive désoriente les femelles et peut les dissuader de pondre.
  • Gardez vos distances. Conservez plusieurs dizaines de mètres autour du site de ponte, et ne touchez jamais les nouveau-nés lors de l'émergence — même pour les « aider » : c'est ce trajet vers la mer qui les aide à s'imprégner de leur plage natale.

Où dormir sur place à Awala-Yalimapo

Plusieurs adresses en carbet permettent de dormir sur place pour être présent au bon moment : Chez Rita (nuitée hamac à partir de 17,50 €, table d'hôtes sur réservation), Yalimalé (labellisé Gîtes de France, à quelques mètres de la plage des Hattes) ou l'Auberge de jeunesse Simili, les pieds dans le sable, avec vue sur l'océan.

Une saison sous tension

Ce qu'on voit moins dans les guides, c'est que le littoral d'Awala-Yalimapo est loin d'être stable — et que cette instabilité pèse directement sur l'avenir des tortues qui viennent y pondre.

Des bancs de vase qui redessinent la côte

D'énormes bancs de vase, charriés depuis l'embouchure de l'Amazone, se déplacent le long de la côte au gré des marées et des houles. Là où un banc s'installe, la plage s'engraisse ; là où il s'éloigne, elle s'érode parfois violemment.

Une étude de l'Ifremer a montré qu'entre 2012 et 2014, jusqu'à 40 % des nids de tortues luth ont été détruits par l'érosion sur la plage d'Awala-Yalimapo. Les chercheurs ont établi qu'en dessous de 50 cm de sable au-dessus des œufs, un nid est en danger, et qu'au-delà de 50 cm d'affouillement, sa destruction est quasi certaine.

Une plage recule, une autre avance

Les suivis les plus récents de l'Observatoire de la Dynamique Côtière de Guyane confirment ce déséquilibre. Le secteur central, près du bourg, est en érosion persistante depuis 2019, avec des reculs de 15 à 20 m certaines années (2019, 2021 et 2023 en tête).

À l'inverse, le secteur Est profite de l'installation d'un banc de vase et gagne du terrain sur la mer — plus de 20 m d'avancée certaines années. C'est précisément ce déplacement qui explique pourquoi une partie des tortues se reporte aujourd'hui vers l'Est, à mesure que le tracé de la côte se modifie.

L'érosion n'explique pas tout

Elle n'est qu'un facteur parmi d'autres dans le déclin de la population de tortues luth du secteur. La menace la plus documentée reste la pêche illégale, pratiquée par des embarcations venues du Suriname, du Guyana et du Brésil, dont les filets dérivants provoquent des captures accidentelles.

Les chiffres sont sans appel : de plus de 5 000 nids par saison à Awala-Yalimapo dans les années 2000, on est passé à quelques dizaines à un peu plus d'une centaine ces dernières saisons.

De plus de 5 000 nids par saison dans les années 2000 à un peu plus d'une centaine aujourd'hui : un effondrement de l'ordre de 90 à 95 % en une vingtaine d'années.

Ce qui se fait pour les protéger

Plusieurs actions de terrain existent : l'association Kwata effectue des patrouilles quotidiennes contre le braconnage d'œufs, et une écloserie naturelle a été mise en place à Awala-Yalimapo depuis 2022 pour sécuriser une partie des nids les plus menacés et suivre les éclosions.

Pour un visiteur, ce contexte change le regard : observer une ponte aujourd'hui, c'est aussi assister à un moment fragile pour une population en réel déclin. Une raison de plus de respecter scrupuleusement les consignes, et de privilégier les sorties encadrées par les associations locales.

En bref

La saison touche à sa fin pour les tortues luth (jusqu'à fin juillet), mais les émergences de bébés tortues se poursuivent jusqu'en août : il reste une fenêtre pour observer les deux temps forts du cycle.

Direction Awala-Yalimapo ou Rémire-Montjoly, de préférence en soirée autour de la marée haute. Lampe tamisée, appareil photo sans flash, et si possible un guide ou une association locale qui connaît le rythme des plages cette année.

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