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Les Bushinengé, Noirs marrons de Guyane : une histoire de liberté

Évadés des plantations du Surinam, ils ont arraché leur liberté par traité dès 1760. Origine, six peuples, langues, tembé : qui sont les Bushinengé ?

Équipe Bon Ti Koté
4 October 2026· 4 min
Les Bushinengé, Noirs marrons de Guyane : une histoire de liberté

Sur les rives du Maroni, on croise des pirogues sculptées de motifs entrelacés, on entend parler nengee ou saamaka, et l'on passe devant des villages dont l'histoire commence par une évasion. Ce sont les terres des Bushinengé, les Noirs marrons de Guyane.

Leur histoire est celle de femmes et d'hommes qui ont refusé l'esclavage, gagné leur liberté dans la forêt et bâti des sociétés qui vivent toujours aujourd'hui.

Des esclaves qui ont pris la forêt

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le Surinam voisin est une colonie néerlandaise couverte de plantations. Des Africains réduits en esclavage s'en échappent et s'enfoncent dans la forêt. Là, loin des colons, ils fondent des villages et des sociétés autonomes.

Le mot « marron » vient de l'espagnol cimarrón. Il désignait d'abord le bétail retourné à l'état sauvage, puis l'esclave en fuite. « Bushinengé » veut dire « les gens de la forêt ».

Des traités de paix arrachés aux Hollandais

Les colons néerlandais n'arrivent pas à vaincre ces communautés. Ils finissent par négocier.

  • Le 10 octobre 1760, les Ndjuka signent le tout premier traité de paix entre un peuple marron et le gouvernement néerlandais.
  • Le 19 septembre 1762, c'est au tour des Saramaka.
  • Les Matawai obtiennent le leur à la fin des années 1760.

Ces traités reconnaissent leur liberté et leur territoire. En échange, ils doivent livrer aux autorités les nouveaux fugitifs. Une contrepartie lourde, qui dit beaucoup de l'époque.

Ces peuples ont donc conquis leur liberté près d'un siècle avant l'abolition de l'esclavage.

Six peuples, venus du Surinam

On compte six peuples bushinengé : les Ndjuka (aussi appelés Aukan ou Okanisi), les Saamaka (Saramaka), les Aluku (ou Boni), les Paamaka (Paramaka), les Matawai et les Kwinti. Tous viennent du Surinam.

En Guyane, les Bushinengé sont installés le long du Maroni, et ils sont majoritaires dans l'Ouest. Beaucoup vivent aussi en ville, à Saint-Laurent-du-Maroni, Kourou, Cayenne ou Matoury.

Les Aluku, le seul peuple marron devenu français

L'histoire des Aluku est à part. Ils mènent une longue guérilla contre les Hollandais sous la conduite de leur chef, Boni. C'est de lui que vient leur autre nom. Boni est tué le 19 février 1793 lors d'une attaque menée par les Ndjuka, alors alliés des Hollandais.

Les Aluku s'installent ensuite sur le Lawa, la partie haute du Maroni. En 1860, la France et les Pays-Bas reconnaissent leur liberté. En 1891, un arbitrage fixe la frontière sur le Lawa, et leur rattachement à la France est confirmé en 1892.

Aujourd'hui, les Aluku vivent surtout à Maripasoula et à Papaïchton, sur le Lawa.

Langues, chefs coutumiers et pirogues

Deux langues reconnues

Le nengee (ou nengee tongo) regroupe l'aluku, le ndjuka et le paamaka. C'est un créole dont le vocabulaire vient surtout de l'anglais. Le saamaka est une langue distincte, avec beaucoup plus de mots d'origine portugaise. Les deux sont reconnues comme « langues de France ».

Une organisation coutumière

Chaque peuple a à sa tête un gaan man (grand man), à la fois chef, juge et garant religieux. Dans les villages, des kapiten (capitaines) dirigent la vie quotidienne, aidés de basia qui servent de conseillers et de messagers.

Depuis 2017, les autorités coutumières bushinengé siègent aussi au Grand conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinengé, une instance consultée sur les questions qui les concernent.

La pirogue, au cœur de la vie

Sur le fleuve, la pirogue sert à tout : se déplacer, pêcher, rendre visite à la famille, transporter les marchandises. Savoir la conduire dans les sauts du Maroni s'apprend jeune.

Planche de bois sculptée et peinte de motifs tembé, outils de sculpteur posés à côté
Le tembé, art sculpté et peint (illustration).

Le tembé, un art qu'on reconnaît au premier regard

Le tembé, ce sont des motifs d'entrelacs, sculptés ou peints, qui ornaient autrefois pirogues, pagaies, bancs, peignes et façades de maisons. On les retrouve aujourd'hui aussi sur toile. Le tembé est inscrit à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.

Les traditions aluku de musique, de danse, dont l'awasa, et de « parole en musique » y figurent également.

Deux dates à retenir

  • Le 10 juin : anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Guyane, jour férié.
  • Le 10 octobre : au quartier de la Charbonnière, à Saint-Laurent-du-Maroni, on fête chaque année la lutte des Noirs marrons, avec un rituel en pirogue et l'art tembé à l'honneur. Cette date rappelle le traité ndjuka de 1760. Au Surinam, c'est un jour férié, le « Jour des Marrons ».

Pour aller plus loin

Le meilleur moyen de comprendre, c'est d'aller à la rencontre. À Saint-Laurent-du-Maroni, flânez sur les berges et dans le quartier de la Charbonnière. Remonter le Maroni en pirogue avec un guide local permet de découvrir les villages du fleuve en respectant la vie de leurs habitants.

Quand vous photographiez des personnes ou des lieux de vie, demandez toujours avant.

À voir aussi dans l'annuaire BTK :

Le Musée des cultures guyanaises, à Cayenne

Le saut Hermina, sur le Maroni

Les chaînes brisées, monument en mémoire de l'esclavage, à Cayenne

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